Et si on parlait haptique ? Dominique De Beir qui est originaire de la Somme où elle a son atelier, partage aussi son temps à la cité Montmartre-aux-artistes de Paris ainsi qu’à l’Ecole Supérieure d’art et de design Le Havre-Rouen où elle enseigne.

Trouer, frapper, frotter, griffer, projeter, inciser, éplucher, brûler, creuser, découper, retourner…

Avec l’haptique, désignant la discipline qui explore et exploite le sens du toucher, Dominique De Beir ajoute une dimension à son art car elle se définit comme peintre et non comme sculpteur. Lors de l’exposition à la galerie Phoebus Rotterdam son intention sera de créer un prolongement d’une exposition au musée du Louvre en 2011 intitulé «Le papier à l’œuvre» évoquant des artistes à travers les siècles qui utilisent des papiers particuliers pour dessiner, Degas sur des papiers de couleurs roses, Matisse des papiers peints et découpés … Le papier était à l’honneur autant que le dessin , c’est à dire indissociable. Elle fut sollicitée pour intervenir à l’entrée de l’exposition avec un immense dessin de 4 m x 4 m environ devant le fenêtre donnant sur la cour carrée du Louvre.

Et 10 ans plus tard, à la galerie Phoebus Rotterdam, elle réalise un nouveau écran rideau papier pensé spécialement pour l’espace. Mais à la galerie, d’autres éléments sont un rappel de l’exposition du Louvre. Dominique De Beir nous l’explique : «Pour me remémorer mes anciens projets, je regarde évidemment comme tout le monde, mes archives, mes photos, mes documents des projets réalisés. La déception est toujours immense entre le souvenir que j’ai et la trace photographique qui me semble toujours plate et fade. Pour «critiquer» et mettre à mal ces documents, je les transforme pour leur donner une matière qui me semble plus proche du souvenir. C’est pourquoi à la Galerie Phoebus Rotterdam, je présenterai des grands dessins imprimés en couleur jaune ou bleu de détails  du rideau du Louvre, ces dessins prendront la forme de coin-paravents».

Dans ses dessins, ses cahiers, la relation au toucher est devenue essentielle, le corps, la main ont pris le pas sur l’œil impuissant à voir et à lire. Les outils qu’elle utilise et qu’elle explore depuis des années lui permettent de développer des expériences associant aléatoire et improvisation, créer est maintenant pour elle obligatoirement associé à une expérience corporelle : percer, piquer, avec les mains, les pieds ; un rapport immédiat au matériau qu’elle essaie de pousser à son point de rupture. Ce sont des instruments pointus – poinçons, stylets, scalpels, échelles à pointes, chaussures cloutées… à l’origine empruntés à différents secteurs d’activité, mais aujourd’hui conçus et réalisés en collaboration avec des artisans. Par différentes marques portées sur et dans le support, les cahiers qu’elle conçoit déploient un système de répétition. Le cahier, les feuilles, les pages deviennent réversibles comme si l’on retournait le visible, espérant scruter ce qu’il dissimule.

L’exposition POINT qui lui sera consacrée simultanément à PHOEBUS ROTTERDAN et à l’ALLIANCE FRANCAISE de Rotterdam débutera le samedi 25 septembre 2021.

Se rendre sur leur site respectif pour les conditions de visites.